Evento-NE

Evénement de Neuchâtel

Vendredi 20 août, c’est devant une figure majeur du colonialisme que se sont réunies une cinquantaine de personnes pour parler de la présence des Zapatistes, diffuser le message du Voyage pour la Vie.

Malgré le sujet, l’événement était festif. La Chorale révolutionnaire de Neuchâtel [1] et le POPchestra [2] ont assuré une très belle animation musicale pour accompagner de poignants discours.

Retour en vidéo sur l’action de Neuchâtel

A l’occasion de l’invasion européenne des Zapatistes, l’équipe de la coordination neuchâteloise, en collaboration avec plusieurs collectifs régionaux, a mené une action en soutien aux comp@s et à leur “Voyage pour la Vie” le 20 août 2021 à la place Pury de Neuchâtel (Suisse).

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Revivez l’événement à la radio http://libradio.org/?p=9492
Retrouvez les discours de Sébastien Frochaux et Mila Meury (plus bas sur la page)
Si vous voulez en savoir plus sur les musiciens et chanteurs

[1] https://facebook.com/lachoralerevolutionnaire/
[2] https://facebook.com/popchestrra/
communiqué de presse
https://solidarites.ch/ne/2021/08/16/communique-de-presse-action-de-soutien-a-la-traversee-pour-la-vie-des-zapatistes/

Dans la soirée, c’est à l’AMAR que nous étions environ huitante pour écouter l’exposé d’un enseignant syndicaliste, en direct du Mexique. Il a pu ensuite donner des réponse très complètes aux questions qui lui étaient posées.
Finalement, un grand repas communautaire a permis des discussions et débats en petit groupes.

Cette action était soutenue et organisée par : solidaritéS, l’AMAR, le Collectif pour la Mémoire, la BISE, la Grève du Climat, la Fédération Libertaire des Montagnes, les jeunes POP, la Marche Mondiale des Femmes, le Collectif Grève Féministe – Neuchâtel
Un grand merci à touxtes celleux qui nous ont permis de vivre ce magnifique moment !


Discours de Sébastien Frochaux, au nom du collectif neuchâtelois d’accueil des Zapatistes

Le 2 mai 2021, 529 ans après que Christophe Colomb ait soit disant «découvert» l’Amérique, les Zapatistes ont hissé les voiles au Mexique, entamant ainsi leur tournée mondiale pour la vie. Le 1er janvier 1994, iels avaient secoué l’opinion publique internationale en occupant sans combattre sept villes du Chiapas, dont sa capitale historique San Cristobal de las Casas. Le jour même de l’entrée en vigueur de l’Accord de Libre-Échange Nord-Américain ALENA, iels donnent le signal du lancement de leur insurrection indigène pour le droit à leur auto-organisation et auto-administration. Aujourd’hui, iels continuent à surprendre et par leur cosmo-vision, leur interprétation du monde, leurs luttes et leur langage.

Leur traversée altermondialiste -en sens inverse vers le Vieux Monde- est aussi osée qu’exigeante.

Le chapitre européen de la Tournée pour la vie est en cours : l’escadron «421», ainsi nommé car constitué de 4 femmes, 2 hommes et 1 personne transgenre, a accosté en Galice le 22 juin et, par la voix de Marijosé, la personne transgenre qui a débarqué en premier a renommé le Vieux Continent SLUMIL K’AJXEMK’OP ou «Terre Rebelle» : «C’est ainsi qu’elle sera connue des habitants et des étrangers tant qu’il y aura ici quelqu’un qui n’abandonnera pas, qui ne se vendra pas, qui ne capitulera pas». [m]

Dans l’esprit de ses promoteurs, l’objectif est de parcourir 30 pays pour parler de leur histoire, de leurs douleurs et colères, de leurs succès et échecs.  De l’Espagne à l’Ukraine et à la Russie, en passant notamment par le Portugal, l’Allemagne, l’Italie, la France, la Hollande, la Suisse, la Belgique, la Turquie… partout où iels ont reçu et accepté des invitations. Tendre la main de l’autonomie zapatiste à la résistance sociale, toujours dans l’idée de partager les expériences organisationnelles, communautaires, locales.

Dans un monde unique, où la pandémie révèle les interdépendances profondes de la mondialisation, ce cri zapatiste pour réinventer la solidarité à partir des résistances locales est d’une brûlante actualité et acquiert une dimension significative. C’est un retour aux racines mêmes du soulèvement du 1er janvier 1994, avec la force de l’expérience d’une autonomie construite en 27 ans et avec le pari qu’un autre monde est possible, un monde où tous les mondes ont leur place.

En Suisse, la caravane zapatiste passera prochainement à Genève, à Bâle et au Tessin. À Neuchâtel nous voulons nous aussi célébrer leur présence sur sol suisse pour faire connaître leurs luttes et leurs paroles pour un quotidien respectueux du vivant.


Discours de Mila Meury, élue militante

Cher-es et chères camarades, collègues et ami-e-s

Militante de solidaritéS et conseillère générale de la Ville de la Neuchâtel, je prends la parole aujourd’hui en soutien de la caravane zapatiste pour la vie.

Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est pour saluer leur arrivée en Europe à l’occasion de la commémoration des 500 ans de lutte qui ont suivi la chute de la capitale Aztèque Tenochtitlan !

Les zapatistes s’inscrivent dans cette continuité, ainsi que celle de la révolution mexicaine d’Emilio Zapata. Ils s’inspirent des luttes du passé, tout en menant de front les combats du présent, tel que l’écologie et le féminisme.

Cette caravane pour la vie, ces luttes pour la vie, c’est un combat contre les morts provoquées tous les jours par le capitalisme.

Leur voyage se veut être avant tout un partage. Partage d’idées, apprentissage de nos réalités respectives, et finalement un renforcement mutuel et un renouvellement de nos luttes ici et là-bas.

Nous nous trouvons ici même dans un lieu qui représente bien l’histoire coloniale de la Suisse. David de Pury, caché derrière moi, était un baron aristocrate du commerce international d’hommes, de femmes et d’enfants noirs. Il a légué sa fortune douteuse à la ville de Neuchâtel.

Nous pensons que le maintien de sa statue sur un piédestal, et d’une place à son nom doit être questionné. Sa glorification dans l’espace public sans critique est une manière d’omettre les crimes commis au nom de De Pury.

Cette l’histoire écrite par les puissants, qui dissimule une réalité tragique du passé, favorise l’acceptation d’une exploitation continuelle des pauvres par les riches. Les multinationales, dont beaucoup ont leur siège en Suisse – je pense à Glenncore dans les mines, Nestlé dans l’agro-industrie, Metalor dans l’industrie – tirent toujours leurs profits de l’exploitation des pays colonisés, notamment dans les mines de la région du Chiapas où vivent les zapatistes. Il est de notre responsabilité de notre manifester et de crier haut et fort que nous ne sommes pas d’accord avec le système en place.

Comme les zapatistes, nous souhaitons une meilleure répartition des richesses. Si les inégalités sont criantes entre Neuchâtel et le Chiapas, les inégalités sont bien présentes ici également et ne font qu’augmenter. Nous rappelons qu’en 2021 1% des habitants de la Suisse possède 43% des richesses alors que ce même 1% possédait déjà 36% des richesses en 2003.

Comme les zapatistes, dont la délégation est composée de 75% de militantes femmes, nous luttons pour les droits des femmes. Des féminicides et des violences sexistes sont recensées tous les jours et combattus activement par les collectifs féministes en Suisse !

Comme les zapatistes, qui luttent pour être reconnu-e-s en tant qu’indigènes et avoir le droit à l’auto-organisation et à l’auto-administration, nous luttons en Suisse contre le racisme et les discriminations de genre. Dans notre société, et particulièrement dans le monde du travail, chacun doit bénéficier des mêmes droits !

Comme les zapatistes, qui s’opposent à la destruction de leur écosystème par l’exploitation minière et la construction de routes, nous luttons pour alarmer et mobiliser nos gouvernements contre le dérèglement climatique et pour que de mesures drastiques soient prises au vu de l’urgence de la situation. La construction de nouvelles routes, telle que l’autoroute de contournement de la Chaux-de-Fonds, H18, est pour nous une totale aberration à l’heure les forêts s’enflamment et les lacs débordent.

SLUMIL K’AJXEMK’OP – « Terre rebelle » ou « Terre insoumise » voici comment les zapatistes ont renommé l’Europe, lorsqu’ils ont débarqué sur le vieux continent ! nous serons insoumis et insoumises ; nous continuerons les luttes aux côtés de nos camarades du Chiapas et de toutes celles et ceux qui luttent à travers le monde ! La Lucha Sigue ! La lutte continue !


[m] Retrouvez en vidéo le discours de Marijose lors du débarquement de Vigo le 22 juin 2021

extrait de la page zapatiste http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2021/06/29/le-debarquement/