Paroles du Sous-commandant insurgé Moisés, 14 septembre 2021 Vienne, Autriche

Paroles du Sous-commandant insurgé Moisés, 14 septembre 2021 Vienne, Autriche




Une traduction française du discours circule sur les réseaux. Retrouvez-la ci-dessous.

Il est aussi possible de l’écouter, en espagnol, dans le montage vidéo de cette arrivée de la délégation aérotransportée à Vienne.
https://vimeo.com/608330587




Paroles du Sous-commandant insurgé Moisés, 14 septembre 2021 Vienne, Autriche



Bonjour, bonsoir, frères du monde,

Nous, les hommes et les femmes zapatistes, peuples originels du peuple du Mexique, nous sommes ici, à Vienne.

[Arrivée de La Extemporánea à Slumil K’ajxemk’op dans le cadre du Voyage pour la vie Initiative de l’Armée zapatiste de libération nationale.]

Nous sommes venus ici car nous savons qu’il y a des peuples originels pauvres dans d’autres pays du monde, ainsi que dans les villes.

Nous pensons aussi que les frères de la ville et de la campagne savent ce qu’est l’exploitation par le capitalisme.

Mais nous, les hommes et les femmes zapatistes, nous voyons que le problème, mis à part le capitalisme, c’est ce qu’a fait le capitalisme, c’est le problème de la vie.
Le problème de la vie, et aussi de la nature.

La nature va disparaître.
C’est ça que nous sommes venus vous dire !
Vous n’y croyez pas ?
Vous verrez bien !
Peut-être que vous en doutez, peut-être dites-vous : “Qu’en savent-ils ceux-là, celles-là ?”

La nature nous parle, si on sait voir.
La nature nous enseigne, si nous savons la respecter.
Sinon, elle nous enseignera à quel point elle est puissante, elle.
Les tremblements de terre vont empirer, les bâtiments des villes vont s’écrouler, la terre va s’ouvrir, elle va se transformer en fleuves et en lagunes, ici et dans toutes les villes.
Mais ce n’est pas de notre faute, à nous les citoyen·nes.

Nous connaissons déjà le nom du responsable, c’est le capitalisme !
C’est le capitalisme qui détruit la vie de la nature !

Un exemple que je peux vous donner :
D’où vient cette bouteille que je tiens ?
Et tout ce que nous avons entre les mains, les métaux, par millions de tonnes, d’où les ont-ils sortis ?
L’essence qu’ils utilisent pour les avions ? Du pétrole !
Et d’où vient le pétrole ? De la Terre Mère.
Il y a des millions d’années, il y est né, et le capitalisme, en cinq ou dix ans, détruit tout.

De toutes manières, c’est ce que nous sommes venus mettre sur la table, pour la vie.
La nature même va nous l’enseigner, comme je vous le dis.
Nous allons faire la comparaison et nous allons nous rendre compte du changement en cours à cause des destructions qu’ils ont faites.

Nous, les peuples originels, nous l’avons vécu dans notre propre chair ce qu’ont détruit le capitalisme et ses mines.

Si Zapata était en vie, il serait avec nous !
Si Ramona était en vie, elle serait avec nous !

Et quand la nature enrage, vous croyez qu’elle va respecter et demander le nom de ceux qu’elle doit emporter ?
Pauvre, riche, elle emportera n’importe qui.
C’est ainsi quand la nature enrage en réponse au mal qu’on lui fait.

Et les gouvernements font des déclarations.
Ils disent qu’ils vont nous aider, qu’ils vont nous soutenir, qu’ils vont résoudre le problème !
Mais c’est l’affaire de quelques minutes à parler et après c’est oublié.
Ceux qui gouvernent ne feront rien, parce qu’ils sont complices du capitalisme !
Ce sont eux-mêmes qui se mettent d’accord pour détruire.
Personne ne va lutter pour nous, personne ne va nous défendre de ce que fait le capitalisme.
Jamais !
Jamais, je vous dis !

Car en effet, nous, nous l’avons vu depuis nos arrières-arrière-grands-parents, je vous parle de ce qu’il se passe depuis cinq cents ans.
Personne, absolument personne, ne luttera pour nous !

Le changement que nous voulons, nous les pauvres du monde, c’est un changement réel, pas un changement qui arrange les mauvais gouvernements et les riches.
Nous avons vu que, dans d’autres pays, ils disent que maintenant ils ont changé, qu’ils sont de bons gouvernements, mais maintenant ce sont d’autres, les mêmes qui faisaient le mal, qui aujourd’hui gouvernent.

Donc frères, sœurs, c’est de ça que nous sommes venus parler, discuter avec vous.
Nous ne venons pas pour les grandes masses !

Nous venons parler avec ceux qui veulent parler avec nous, avec ceux dont nous voulons entendre comment ils luttent, comment ils se battent et comment ils pensent.
Mais ce que nous nous pensons et ce que voulons, c’est que nos yeux, nos esprits devraient s’ouvrir, tant à la campagne qu’à la ville.

C’est que nous, ceux qui travaillons la Terre Mère, c’est-à-dire qui travaillons la terre dans les champs, nous avons beaucoup de problèmes d’exploitation, d’injustice, de misères et d’inégalité.
Et cela cause une grande rage, beaucoup de colère.
Car cela fait des années, des années et des années que nous souffrons.
Mes frères, soeurs de la ville, nous tous, le travail que nous faisons à la campagne, c’est-à-dire avec la Terre Mère, nous tous nous le mangeons, aussi bien à la ville qu’à la campagne.

Par exemple, ça.
Je m’imagine que c’est du blé, ou du riz, ou du maïs, mais d’où vient le maïs ?
Où est né le blé ?
Ou d’où est sorti le riz ?
De la terre.
Ou je me trompe ?
Et ça, c’est aussi ce que mangent les frères et les sœurs de la ville.
Et les frères et les sœurs de la ville travaillent, que ce soit comme secrétaires, comme trésoriers dans de grands bâtiments, en gagnant quelque chose.

Ce que je veux vous dire, c’est ça, c’est que si nous, humains, ne comprenons pas que nous vivons sur la Planète Terre eh bien quand les indigènes, les paysans, les travailleurs des champs sont en lutte pour les raisons que j’ai déjà dites, qu’ils font des blocus, des piquets de grève et tout ça, ça nous met en colère et on leur dit : “Fainéants, vous ne voulez pas travailler”.
C’est qu’on ne se rend pas compte de ce que subit ce travailleur des champs.
Ce n’est pas la même chose de travailler la terre, en plein soleil comme nous sommes là maintenant, que de travailler comme celles et ceux qui travaillent dans un bureau, mais ils et elles sont aussi exploité·es.

Donc, nous devons, ensemble, celles et ceux de la campagne et de la ville, nous devons défendre, prendre soin de la Terre Mère, car c’est elle qui nous donne la vie, réellement.

Ce n’est pas ce que pense le capitalisme, ce qu’il veut, c’est que règne son argent. Pour eux, l’argent c’est le pouvoir, c’est un royaume pour eux.

Pour nous, les hommes et les femmes zapatistes, il est urgent de faire quelque chose parce que les mauvais gouvernements ne feront rien.
Ils vont simplement regarder ce qu’il se passe.
Tout ce qu’on a pu voir ces derniers jours, moments, semaines, mois, tout ce qu’il se passe, les destructions, par réaction de la Mère Nature, vont empirer.

Et quand nous nous rendrons compte que notre ville est inondée, c’est là qu’on va dire : “On n’a jamais vu ça !”, c’est ce que nous allons dire.

Ce que nous ne devons JAMAIS permettre, c’est que celui qu’on nomme tant, le CAPITALISME, continue de détruire.

Frères, sœurs, nous sommes là, nous, les hommes et les femmes zapatistes, grâce à nos compañeros et compañeras qui sont tombé·es en luttant.
Ils et elles sont tombé·es à l’aube de l’année 1994 quand nous sommes allé.es lutter contre le mauvais gouvernement.

[Le 15 septembre, le deuxième groupe de la Force aérienne zapatiste a atterri à Vienne.]
Nous sommes là, compañeras et compañeros, grâce à nos compañeros et compañeras tombé·es pendant la résistance et la rébellion.
Et notre rébellion et notre résistance, c’est que nous, nous voulons nous gouverner nous-mêmes, en tant que peuple.

Nous, nous ne voulons pas tuer.
Nous, nous ne voulons pas mourir.

Le problème c’est qu’ils ne nous laissent pas l’opportunité de faire ce nous pensons en tant que femmes et hommes.
Et c’est ce que nous faisons, depuis déjà 28 ans, nous ne tirons pas de coups de feu, nous ne tuons pas, nous ne voulons pas mourir non plus.
Nous voulons la vie !
Et nous allons rester là où nous sommes !
Et nous allons rester là où nous sommes !
Et nous pensons que c’est ce que devraient faire les pauvres partout dans le monde.

Ré-flé-chi-ssons, chacun·e dans sa géographie, avec son calendrier, comme on dit : Nos compañeros et compañeras qui sont tombé·es nous l’avaient bien dit : “un jour, nous devrons parler à nos frères du monde”.

Nous ne savions pas que nous arriverions à Vienne.
Et aujourd’hui, nous sommes à Vienne, la capitale de l’Autriche.
Et de la même manière, nous nous rendrons dans d’autres mondes où on va nous inviter, comme nous avons été invité·es ici et il vous en coûte beaucoup mais c’est comme ça pour celles et ceux qui veulent lutter.

Merci et nous nous reverrons ces jours-ci.

Zapata est vivant !
La lutte continue !

E.Z.L.N. !